Urbanisme aixois: le PS à l'attaque

Publié le par po.salles

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Au travers de plusieurs billets, j'ai eu l'occasion de m'exprimer sur les graves carences dans les politiques municipales d'aménagement urbain que connaît la ville d'Aix. Mais parce que rester sur une position de surplomb ne suffit pas, j'ai pris la co-responsabilité d'animer la commission urbanisme du PS d'Aix en Provence, avec la conseillère municipale Fleur Skrivan.

J'aurai l'occasion de présenter sur ce blog les éléments de réflexion de la commission sur le PLU. Dès à présent on trouvera ci dessous le "manifeste" politique de la commission.

 

 

Note de cadrage pour la commission urbanisme de la section socialiste d’Aix en Provence

A l’image de notre région, la ville et le pays d’Aix en Provence ont vécu, à partir des années 1960, de profonds changements urbains sous l’effet d’une croissance démographique particulièrement soutenue. A l’époque ville moyenne de plus de 60000 habitants, Aix en Provence s’est depuis transformée en agglomération de 143 000 âmes. Les mutations territoriales induites par cette dynamique sont considérables et révélatrices de nombreuses tensions urbaines. Cependant, cette évolution, aussi remarquable soit elle, doit être relativisée au regard des phénomènes de même ampleur vécus par d’autres agglomérations sur le territoire national, et qu’elles ont été à même de maîtriser. Si les contradictions, les tensions, les nuisances issues de cette poussée démographique sont si aiguës dans notre ville, c’est bien que les pouvoirs publics n’ont pas été à même de proposer un projet d’aménagement du territoire à la hauteur des enjeux de solidarité urbaine, de maîtrise des prix du foncier, de préservation des espaces naturels ou encore de rationalisation des déplacements.

En effet, les projets actuels d’aménagement de l’espace aixois proposés par la majorité Joissains sont soumis à une double logique aux conséquences très contestables:
- Ils privilégient une vision parcellaire de l’urbanisation, sans cohérence d’ensemble, en laissant le terrain à des projets d’opportunité, bien souvent liés à des intérêts plus particuliers que généraux. Depuis l’arrivée au pouvoir de Maryse Joissains, et contrairement aux obligations fixées par la loi SRU, la ville d’Aix n’a toujours pas procédé à la mise en œuvre d’un Plan Local d’Urbanisme, seul document prospectif et réglementaire imposant une mise en cohérence d’ensemble des projets d’aménagement afin de favoriser le développement d’un schéma global obéissant à des critères normatifs minimums (mixité sociale, respect des espaces naturels...). Au contraire, jusqu’en 2010, elle a érigé en norme la procédure dérogatoire de révision partielle du Plan d’Occupation des Sols. Une trentaine de ces révisions parcellaires et localisées a ainsi été entreprise, sans aucune cohésion ni ambition générales.
- Ce manque de volontarisme, la généralisation de procédures exceptionnelles, ne sont pas seulement le symptôme d’une absence d’ambition à terme pour notre ville. Ils sont également les marqueurs d’une politique d’aménagement privilégiant le libre jeu des intérêts privés et du marché. Le recours aux révisions simplifiées accompagne bien souvent des projets localisés dont la gestion relève simplement d’effets d’opportunité et de transactions privées entre la municipalité et les porteurs du dossier, à l’image du complexe Zidane dont l’intérêt pour le territoire ne vaut que par les retombées symboliques que ce projet pourra apporter au maire. De fait, ce laisser faire, cette non régulation assumée, favorisent un aménagement par le libre jeu de l’offre et la demande, orienté vers la spéculation foncière, les plus hauts revenus, la promotion du modèle de la villa individuelle en milieu périurbain, au détriment de la mixité sociale, de la solidarité et de la réduction des inégalités sociales. Ce qui n’est pas également sans poser problème sur le plan du développement économique, cet urbanisme par à coup marginalisant l’implication des acteurs locaux dans la réflexion sur la compétitivité et l’attractivité du territoire.

Or les nuisances consécutives à ce développement local non maîtrisé constituent actuellement une menace pour la pérennité de la qualité de vie des Aixoises et des Aixois. L’espace municipal et intercommunal devient progressivement un territoire d’exclusion pour les étudiants, les précaires, ou les salariés pauvres. Au vu des prix du foncier, les ménages les plus modestes se voient dans l’impossibilité de se loger ou de bénéficier d’une mobilité sociale ascendante, et sont relégués de plus en plus loin dans les périphéries ; les espaces naturels sont petit à petit grignotés par un étalement urbain qui produit des modes de vie écologiquement insoutenables ; les axes de transport sont victimes d’un engorgement systématique du fait de la dispersion de l’habitat et du recours croissant à la voiture pour se déplacer (sans parler de l’absence de Plan de Déplacement Urbain, le dernier ayant été annulé au Tribunal Administratif du fait de sa médiocrité) ; la mauvaise qualité de l’air est devenue une constante dans notre ville. Mais ce modèle est également devenu insoutenable pour le bien être de tous les habitants. Les commerces de proximité sont menacés par l’envol des loyers. La vie sociale et culturelle est affaiblie par le départ des jeunes vers d’autres lieux de résidence, comme le révèlent des études récentes. Les salariés arrivent de moins en moins facilement à se loger, affaiblissant ainsi l’attractivité économique du pays d’Aix. La ville perd même certaines de ses fonctions traditionnelles, judiciaires ou universitaires, qui sont décentralisées vers Marseille. Enfin, la recherche en sociologie électorale a pu montrer en quoi les frustrations issues des processus anarchiques de périurbanisation et de conflit autour de l’accès au foncier ont pu nourrir le vote protestataire en faveur du Front National.

Le Parti Socialiste se doit donc d’ériger en priorité politique la nécessité de proposer une vision alternative de l’aménagement urbain qui invite à la promotion des valeurs sociales et écologiques et s’emploie à réduire les nuisances environnementales du développement urbain, à favoriser la mixité sociale et la solidarité, à limiter l’usage de l’automobile en faveur des déplacements doux, à partager harmonieusement et durablement l’espace communal entre ses différents usagers. Le travail de la commission se doit d’être à la hauteur de cet enjeu politique et de se focaliser sur cette problématique globale. L’ensemble des thèmes qui pourront être traités plus particulièrement (le logement social et intermédiaire ; la réhabilitation « verte » du parc locatif ; le développement des transports collectifs ; la préservation de certains espaces naturels,…) devra s’inscrire dans ce cadre afin de servir la construction d’un discours politique, logique et rigoureux d’opposition à l’action municipale des Joissains.

Publié dans Dossiers locaux

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