Le berlusconisme: un phénomène incompréhensible?

Publié le par po.salles.over-blog.com

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"Plus c'est gros, plus ça passe". Cette devise, qui mériterait d'être gravée en lettres d'or sur le fronton de la mairie d'Aix, pourrait également sans problème être réutilisée par Silvio Berlusoni qui vient de connaître une nouvelle victoire électorale lors des régionales du 28 mars dernier, en arrachant à la gauche plusieurs régions, dont l'emblémtatique Piémont. Pourtant depuis des années Berlusconi déchaîne les critiques nationales et européennes pour ses nombreux abus et dérapages, ainsi qu' un exercice particulièrement vulgaire du pouvoir. Mais sans qu'apparemment cela ne lui nuise électoralement, puisqu'il en a remis une couche cette fois ci en envoyant en campagne une cohorte de mannequins, starlettes de TV, danseuses, et même l'assistante dentaire qui s'était occupée de lui lors de son agression en décembre!

 

http://www.lefigaro.fr/international/2010/02/23/01003-20100223ARTFIG00377-pour-les-elections-regionales-berlusconi-sort-ses-girls-.php

 

Avec les images de la politique italienne que l'on peut voir dans les médias français, on a l'impression qu'il n'existe aucune explication rationnelle, "structurelle" ou sociologique aux succès de la droite italienne. Pour comprendre ce qui nous apparaît comme un spectacle pathétique, on invoque le goût des italiens pour les shows (avec un gros biais culturaliste derrière cet argument: celui d'envisager nos compatriotes transalpins comme des gens au sang chaud et aimant le contact direct!); la mainmise du pouvoir sur les médias et sa capacité à manipuler l'opinion; la désagrégation dans les années 1990 du communisme (PCI) et de la démocratie chrétienne (DC), les deux piliers du système partisan traditionnel, et son remplacement par des entrepreneurs politiques individuels; la montée d'un sentiment "antipolitique" (A. Mastropaolo), alimenté par les opérations "Mains Propres", dévalorisant la politique et les partis et favorisant la montée d'un pouvoir personnalisé ou de figures apolitiques (comme en témoignerait le succès du comique Beppe Grillo)...

 

Le problème avec ces explications, c'est qu'elles sont un peu trop spontanées et superficielles. Même s'il est tentant moralement de réduire Berlusconi à un phénomène politique conjoncturel, irrationnel, non politique et individuel, c'est insuffisant - et insultant - de penser que le peuple italien n'est qu'une large masse d'individus manipulés par un tribun populiste.

A contre courant de cette hypothèse "pathologique", le politologue Jean Louis Briquet nous offre des explications plus nuancées. Dans l'article référencé ci dessous, il montre que la grande réussite de Forza Italia a été de représenter une offre nouvelle ayant cependant su s'appuyer sur une grande partie des élites (cadres, élus) de la droite traditionnelle et donc sur ses réseaux, notamment clientélaires, dans le Sud du pays. De plus, Berlusconi a réussi à institutionnaliser et normaliser une union de toutes les droites, du centre catholique jusqu'aux extrêmes droites nationalistes et régionalistes. Lorsqu'on voit à quel point la question du Front National est, et a été, une épine majeure dans le pied de la droite française, on se rend mieux compte des conséquences électorales que la durabilité de cette union implique. Bref Berlusconi a su refonder la droite italienne sur des bases qui dépassent sa personne et qui peuvent expliquer sa réussite électorale. Processus que n'a toujours pas réussi à enclencher la gauche, laissant une place encore plus grande au Pôle des Libertés. Et malheureusement pour nos cousins italiens, le prix à payer quant à la qualité et la droitisation du débat public a été particulièrement lourd.

 

http://www.ceri-sciencespo.com/archive/july05/briquet.pdf

 

Et puis pour ne pas perdre les bonnes vieilles habitudes, des cartes concernant les dernières élections générales de 2008. On voit que la spatialisation du vote est particulièrement forte:

 

http://battleground.over-blog.org/article-18926100.html

Publié dans International

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