La France maltraite ses thésards

Publié le par po.salles

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L'expression "exception française" est souvent (abusément?) utilisée pour défendre des spécificités supposées remarquables de notre beau pays, enviées par le monde entier, et qu'il faudrait défendre contre la mondialisation ou autres institutions européennes. Pourtant la France se distingue aussi souvent des autres pays, mais en nettement moins bien. En témoigne la situation professionnelle difficile que connaissent depuis bien longtemps les thésards et jeunes docteurs. Le Centre d'Analyse Stratégique vient ainsi de publier un note de veille à ce propos, et revient sur les conditions dégradées d'insertion des docteurs sur le marché de l'emploi, comparativement aux autres pays européens.

Ainsi, 10% des docteurs sont au chômage 3 ans après leur soutenance, soit un taux 3 fois supérieur à celui des autres pays de l'OCDE! Une situation, nous dit le CAS, qui n'est pas due à une surproduction de docteurs, mais bien à des dysfonctionnements structurels du marché du travail qualifié national.

 

Ayant bien connu le système de l'intérieur et expérimentant les affres de la reconversion, je peux témoigner que le problème ne se situe pas uniquement au niveau de la question des moyens financiers, comme l'avancent de manière un peu trop routinière les syndicats des titulaires de l'enseignement supérieur, mais se révèle plus complexe. En question notamment l'insuffisante professionnalisation du parcours de thèse ("professionnalisation" n'impliquant en rien "marchandisation" de la thèse, ou soumission aux impératifs aux entreprises, etc...  pour reprendre certaines critiques systématiques trop souvent lues ou entendues au sein de l'université). On ne peut plus accepter qu'à Bac + 8 minimum, après de très nombreux sacrifices (financements peu nombreux et pas très élevés, encadrement aléatoire, individualisation et concurrence des parcours, féodalisme du milieu universitaire,...), les docteurs restent à ce point marginalisés.

 

Depuis les années 1980, l'axe majeur de notre politique de l'emploi repose sur l'allègement du coût du travail via les gels de salaires, allègement de charges et exonérations fiscales aux entreprises, afin de créer des emplois peu qualifiés, et d'"exporter" notre chômage chez les autres. Cette politique, très coûteuse, a largement montré ses limites en matière de création d'emplois, et ses conséquences sociales ont été désastreuses sur le bien être au travail (voir par ex. le livre de Guillaume Duval - "L'entreprise efficace à l'heure de Swatch et McDonald's", Ed. Syros - sur l'extension du taylorisme dans le tertiaire). Il serait temps d'en retirer les leçons et d'investir massivement sur la recherche et le travail très qualifié pour redonner à la connaissance et l'innovation la place qu'elle mérite.

  

La note du CAS disponible ici

 

On pourra également lire le commentaire qu'en fait l'Ancmsp

 

Et plus largement consulter le gros boulot fourni par la Confédération des Jeunes Chercheurs, une des rares organisations qui se bat concrètement et professionnellement pour valoriser le doctorat sur l'espace public.

 

Publié dans Politique nationale

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