Inégalités sociales (2): Marseille champion ... des inégalités

Publié le par po.salles.over-blog.com

 

La plupart des gens pensent que notre région, très attractive, est un refuge de retraités aisés colonisant la Côte d'Azur avec leurs hordes de caniche, ou de cadres supérieurs venant se rafraichir dans la piscine de leur mas du Lubéron après une dure journée passée à faire croître l'économie post moderne de l'innovation dans une entreprise high tech de la campagne aixoise. En réalité, la Provence souffre de fortes tensions sociales, à la fois en valeur absolue (les revenus des ménages sont en moyenne moins élevés dans les grandes aires urbaines de la région qu'ailleurs en France, y compris dans les destinations en apparence "riches", comme Nice), et en valeur relative, avec un poids très important des inégalités sociales. Il existe ainsi une "réelle spécificité méditerrannéenne" (cf le graphique Insee ci dessous), avec des villes où les inégalités de revenus sont parmi les plus fortes de France, le point culminant étant atteint sur l'aire Aix-Marseille, et particulièrement sur Marseille où le rapport inter décile est de 3 fois supérieur à la moyenne nationale (il est de 14,3 en 2007 contre 5,4 sur le territoire national. Cela signifie que le plus pauvre des 10% des ménages les plus riches déclarait 14,3 fois plus de revenus que le plus riche des 10% des ménages les plus pauvres).

 

Ces inégalités de revenu, mais également en terme d'accès à la propriété, fragmentent notre territoire en zones de prospérité qui cotoient des espaces de relégation. Marseille et son périurbain, le pourtour de Nice, nous donnent l'exemple de la coexistence entre des zones urbaines sensibles et des quartiers riches. Ces disparités menacent la cohésion sociale et rendent particulièrement problématiques le maintien d'une solidarité. Ces tensions économiques et foncières jouent également un rôle dans la dynamique du vote Front National, comme semblent l'indiquer un certain nombre des travaux scientifiques. C'est donc une réalité à laquelle il faut s'attaquer de manière prioritaire.

Une bonne synthèse disponible ici:

 

http://www.insee.fr/fr/insee_regions/provence/themes/sud_essentiel/sie95/sie95.pdf

 

ou encore cet article intéressant sur Marseille, une "métropole duale":

 

http://www.amares.org/revue/05/dos/a2/

 

inegalites-territoriales.jpg

Publié dans Dossiers locaux

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Taisne Maxence 09/04/2010 18:19


Schéma très éclairant : félicitations ! en espérant que l'interprétation à en donner ne soit pas trop caricaturale (le nord pauvre et égalitariste, le sud riche et inégalitaire) et qu'une petite
réactualisation s'imposerait ...


Fr. 05/04/2010 15:52


Merci pour cette réponse complète. Mon intuition de départ est confirmée : on ne dispose pas de travaux pour montrer une aversion particulière aux inégalités, ceteris paribus (alors que c'est le
cas pour les USA, cf. Lane Kenworthy).

J'ai travaillé sur les inégalités de santé, je vois tout à fait le principe de justice sociale qui s'exprime dans le billet. Mais je ne pense pas que ce principe soit largement partagé dans
l'opinion publique, et encore moins qu'il détermine le vote.


Fr. 04/04/2010 00:46


Quels travaux établissent une corrélation sérieuse entre les inégalités de revenus et le vote FN (sérieuse, donc sans biais de post-traitement, sans ecological fallacy, et en évitant de simplement
juxtaposer deux cartes qui montreraient que les inégalités de revenus et le vote FN coïncident juste avec la densité urbaine) ? Est-ce que ce résultat est répliqué sur d'autres inégalités ? Est-ce
qu'on observe le nombre effectif de votants FN ou le % de votants FN ?

Sur les inégalités de revenus, les données par région : http://www.inegalites.fr/spip.php?article519&id_mot=109 -- ça ne coïncide pas précisément avec le vote FN des régionales au second tour,
si je me souviens bien.

Je ne nie pas que l'opinion publique soit sensible aux inégalités (même si son comportement est myope au plus haut degré sur le sujet) ; je conteste, par scepticisme prudent, le fait qu'il y ait un
autre facteur déterminant dans le choix électoral en dehors de l'état de l'économie et du party id. Si les gens sont myopes et ne savent pas si leur région est plus inégalitaire qu'une autre, alors
l'effet est nul. Je suis curieux de voir un argument renverser cette proposition.


po.salles.over-blog.com 05/04/2010 12:05



Bonjour,


merci pour votre commentaire. Le but de ce court billet n’était pas vraiment d’affirmer l’existence d’une corrélation statistique entre inégalités sociales et vote FN, mais de
souligner le poids des configurations territoriales spécifiques aux agglomérations urbaines de la région Paca dans la formation des orientations électorales de ses habitants. Si par ex. l’on suit
les travaux de Traïni (2004) ou Challard (dans Gombin, Mayance – 2010), on s’aperçoit qu’une partie de la progression électorale du FN dans notre région se fait en zone périurbaine. Or ces
espaces sont particulièrement marqués par des inégalités sociales qui s’incarnent au niveau de l’urbanisme par une série de dispositifs que le plus myope des électeurs ne pourra manquer de voir
et de ressentir. Ces inégalités de revenus ne sont cependant intéressantes à envisager que comme une variable parmi d’autres (prix du foncier, dualisme prononcé du marché du travail, mitage du
territoire…). Cet ensemble de variables nous renseigne sur l’intensité des conflits qui se structurent, sur la zone littorale, autour de l’accès au foncier et aux ressources (travail…). Et si
l’on prend en compte de manière qualitative la manière dont les acteurs vivant dans ce type d' espace restituent leur rapport au vote FN (Sawicki, 1997 ; Rivière 2008…), on s’aperçoit que la
question de l’accès à la propriété, des inégalités, du prix des loyers… est importante. L’article ci dessous de l’Huma illustre assez bien mon ressenti :


http://www.humanite.fr/2010-03-24_Politique-_-Social-Economie_Extreme-droite-Qui-sont-les-electeurs-du-FN


Enfin mon propos était surtout politique : que les inégalités sociales renforcent ou non le vote FN est secondaire. Ayant travaillé sur l’Amérique Latine, je considère que la question des
inégalités est particulièrement prioritaire par rapport au type de société auquel on aspire.