2012: la gauche peut gagner

Publié le par po.salles.over-blog.com


L'an dernier, à l'issue de la déroute des européennes, peu de gens donnaient au Parti Socialiste une chance de l'emporter aux élections présidentielles de 2012. Qu'importe si l'illusion de la victoire de l'UMP lors de cette élection ne tenait surtout qu'à la présence d'un scrutin à un tour qui masquait le total majoritaire des voix de gauche, le faible score enregistré par le PS semblait le condamner à une cure prolongée d'opposition. Un an plus tard, les cartes semblent rebattues par ces élections régionales. Si la très forte abstention doit nous emmener à relativiser toute interprétation trop radicale des effets de ce scrutin, celui ci nous donne cependant une indication précieuse sur la faiblesse de la stratégie sarkozyste, qui pourrait le conduire à la défaite dans deux ans.

Contrairement à l'interprétation dominante à gauche, je défends l'idée que Sarkozy est très loin d'être un ultra libéral conservateur ou une sorte de néo thatchérien à la française. Derrière l'ouverture ministérielle (somme toute assez relative vu la qualité - ou plutôt l'absence de qualité - et les marges de manoeuvre ridicules dont ont disposés ces personnalités), Sarkozy a continué la tactique chiraquienne de 1995 de colonisation des thèmes chers à la gauche. Le Grenelle de l'environnement, le Grand Paris, l'interventionniste étatique durant la crise, la relance du processus d'intégration européenne, la réflexion sur la discrimination positive, la suppression de la publicité sur les chaînes publiques... ont formé un ensemble de chantiers susceptibles de plonger la gauche dans un certain malaise. Mais force est de constater que cette volonté réformatrice a échoué. Comme le soulignait Télérama, on a assisté à une succession de "nouvelle bonne idée gachée". Non seulement ces projets ne sont pas arrivés jusqu'à leur terme - et l'annulation de la taxe carbone en est une nouvelle illustration -, ou ont été dévoyés (cf les critiquesde Jean Nouvel sur le projet de loi relatif au Grand Paris), mais leur effet supposé sur l'opinion et les forces de gauche a été complètement annulé par le revers de la médaille de la stratégie sarkozyste, à savoir la nécessité de donner des gages à la droite la plus dure sur le contrôle des libertés publiques ou la promotion d'un modèle inégalitaire de distribution des revenus. Finalement réformes de gauche + mesures de droite = opposition de la gauche et défection de la droite, et non pas la somme des deux électorats.

La régression des libertés (réforme de la justice, discours sécuritaire...), la reprise en main autoritaire et népotiste des institutions (pression sur les medias, nomination des présidents de chaîne, promotion en sous main du fils à la tête de l'EPAD ...), le bouclier fiscal, ont constitué des casus belli pour l'opinion de gauche, en plus d'être le plus souvent inutiles (quels arguments de fond peuvent justifier la nomination des présidents des institutions audiovisuelles publiques?) . De même, au vu des reports de voix constatés lors de ces régionales, l'électorat écologiste ne donne aucun crédit au président pour son supposé activisme environnemental.
En revanche, et on l'a vu également lors de ces élections, l'électorat de droite et les militants de l'UMP voient d'un mauvais oeil les velléités de colonisation de l'espace de gauche, et l'ont rappelé à la majorité parlementaire. En PACA, on voit bien que la répartition spatiale des votes montre une poussée du FN dans le Comtat venaissin vauclusien et son prolongement dans le nord des Bouches du Rhône, dans ces zones rurales et péri urbaines traditionnellement de droite, où l'UDCA de Poujade avait déjà percée en 1956. S'agit il donc d'un retour du "vote de la boutique" cher à Nonna Mayer, petit bourgeois, commerçant et artisan, qui a constitué le socle électoral du FN dans les années 1980? Si cela est confirmé, on pourra constater la défection de l'électorat de droite au profil de l'abstention et du FN.

Incapable d'élargir son audience vers la gauche, contesté sur sa droite, la large coalition aspirée par le Président est en réalité bien réduite. La réponse présidentielle n'a pas tardé: cap vers la droite, à plein vent, en espérant reconquérir sa base de 2007 pendant que la gauche devrait, dans la dynamique des primaires, reconstituer une mobilisation électorale populaire autour d'un clivage assez rigide face à un président qu'elle déteste. Cela nous annonce deux années assez difficiles, ponctuées de mesures "dures" et symboliques. Mais j'espère que le bilan parlera, et qu'une majorité de français ne réitèrera pas son vote de 2007. J'espère également que la gauche saura se montrer inventive sans se satisfaire d'une position d'opposition symblique, de statut quo et de glacis idéologique qu'elle se traîne depuis maintenant des années. D'autant plus qu'avec un déficit public de 8%, la gauche aux affaires devra opérer des choix difficiles et ne pourra se contenter d'accumuler les promesses et les références traditionnelles à ses valeurs fondatrices durant la prochaine campagne. Mais on en reparlera. 

Publié dans Politique nationale

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sophie 24/03/2010 18:02


J'adore le "glacis idéologique".